Mohamed Walid Grine · Algérie

07 IMG_5446 Mohamed Walid Grine

2. ENGAGEMENT POURQUOI FAIRE ?

J’écris pour m’engager

Au départ, l’engagement était pour moi une chose très lointaine, vague, quelque chose de flou. Au fait, ma première expérience en écriture a été la poésie. C’était à l’âge de 15 ans. J’écrivais pour déclarer ma flamme à une camarade ou à une belle fille qui me plaisait au lycée, ou bien à la voisine de palier de notre bâtiment. Flamme que les différentes filles de chaque poème éteignaient froidement. C’étaient des poèmes d’amour platoniques, naïfs.
Mais heureusement, la flamme de l’écriture, elle, ne s’est pas éteinte ! Car je me suis mis à écrire beaucoup de poèmes où j’exprimais ma solidarité avec tel peuple frère opprimé, écrasé par la colonisation ou par une invasion étrangère. Et, quand je parle de frère, j’entends par là mon frère l’humain.
J’ai aussi couché sur les papiers de mes poèmes mon indignation face à l’injustice sociale dans mon pays, la misère des petites gens, des jeunes, le chômage, la crise du logement, l’hypocrisie religieuse. Je ne pouvais rester indifférent à la souffrance de mes semblables. Je sentais, et sens toujours, le besoin d’exprimer ma révolte, ma colère envers l’injustice. C’est à partir de là que l’écriture-engagement a commencé pour moi.
J’ai donc écrit beaucoup de poèmes durant ma période de lycéen. Et puis vint la nouvelle. Une révélation pour moi. L’une des plus belles choses qui me soient arrivées jusqu’à maintenant. Le genre littéraire où je me sens le plus à l’aise. Mes premières nouvelles remontent à mes années de fac, quand je faisais mes études à la fac centrale d’Alger (de 2003 jusqu’à 2007) pour décrocher ma licence en traduction.
Quand je les ai relues, quelques années après, j’ai vu que la thématique actuelle des histoires que j’écris s’y exprimait déjà: dénonciation de l’intolérance (sous toutes ses formes), de l’incivisme, de la violence verbale et physique qui mine notre société, de l’hypocrisie (religieuse surtout), des préjugés, de l’esprit réactionnaire, de l’intégrisme, de l’extrémisme religieux, de l’exclusion de la différence, de l’altérité, de l’agressivité à l’égard des moutons noirs, en somme.
Et tous ces sujets ont pour toile de fond la société dans laquelle je vie et à laquelle j’appartiens.
Donc oui, l’écriture rime pour moi avec engagement. C’est ma façon de dénoncer les maux qui rongent notre société. Ma façon de résister. « Une voix du tréfonds de mon être m’appelle: tu dois résister!» dixit Abdelhamid Benhadouga, notre grand écrivain national que j’admire, dans son roman El Djazia et les derviches.
J’écris pour tenter de sensibiliser mes compatriotes au danger d’une société fermée sur elle-même, violente et intolérante. J’exprime ma voix. Je partage mes états d’âme et mes opinions avec les gens. J’écris enfin, parce que je n’ai pas assez de ma propre vie, de mes souffrances et de mes joies.
Mille moments de bonheur ne m’empêchent pas d’entendre le gémissement, les plaintes de mon frère. J’écris parce que «j’aime me mêler de tout ce qui est humain», comme le dit le narrateur du roman Domnitza de Snagov, de Panaïit Istrati, écrivain roumain que j’admire.
Pour toutes ces raisons-là, je m’engage à continuer d’écrire. J’écris pour m’engager.

Alger, le 25 Novembre 2014

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